Lui donner la chance de vivre

Accompagner ce couple m’aura tiré des larmes. Ma remplaçante m’avait fait des transmissions prudentes au retour de mon congé maternité : « Il y a de grosses malformations cardiaque et un retard de croissance aussi. Grossesse suivie au grand CHU à 2h d’ici. Ils t’attendent pour quelques monitorings avant de se rapprocher du CHU en fin de grossesse. » Me voilà chez eux en même temps que les premières neiges. Nous discutons, ils m’expliquent, me présentent tous les examens, les échographies poussées. Et le courant passe. Le père, artisan, raconte précisément avec les mots scientifiques qu’il a découvert ces derniers mois ce qui menace leur bébé, ce qui les attend dans les mois à venir, au mieux … et au pire ! « Je ne serai pas là à chaque fois, cette fois c’est juste parce que je voulais vous voir! » me précise-t-il. Il ajoute droit et le regard clair : « Au CHU, ils nous ont dit ne sachant pas très bien à quoi s’en tenir pour les malformations, qu’ils accepteraient l’IMG si on la demandait… On a cherché, on a lu beaucoup d’articles… » -fièrement il se redresse encore un peu plus et me dit « on veut lui donner la chance de vivre ! » Je souris, j’écoute. La mère parle moins mais scrute mon visage à la recherche d’un encouragement, d’une approbation, d’une phrase qui va la rassurer ou peut-être effacer ce vilain cauchemar d’une grossesse qui ne se passe pas comme elle l’avait imaginée. Un monitoring et un cours de prépa plus loin, je sors de chez eux, le cœur prêt à éclater. Je sers les dents sur le chemin du retour et j’ouvre grand les fenêtres en respirant l’air chargé de neige. Je suis touchée au plus profond de moi-même par la confiance et l’espérance de ces gens qui me renvoient brutalement à ma propre histoire. Et j’espère violemment qu’ils ne seront pas déçus. Les visites suivantes en tête à tête avec la mère sont caractérisées par mes explications sur le fonctionnement du CHU que je connais un peu. Je décris la néonat, j’explique les protocoles, j’encourage à la confiance dans les équipes médicales. Paisiblement, nous discutons, accompagnées par le doux martèlement d’un petit cœur qui d’ici quelques semaines devra faire ses preuves hors du cocon utérin. Je ne raconte rien de ma propre histoire et je souris souvent. Mais après chaque visite chez eux, je sors dans le même état, des sanglots plein la poitrine et une espérance folle en tête.

Et puis quelques semaines plus tard, un texto personnel, m’annonce la naissance d’un bébé qui va au mieux de ce qu’il pouvait aller. Et ces incroyables  remerciements « pour la joie que vous nous avez apportée ». Je rends grâce d’être si bonne comédienne mais je suis émue aux larmes.

Aujourd’hui, L. va bien, il a subi plusieurs grosses opérations, bien maîtrisées dont il est sorti plus fort. Je l’ai rencontré pour la première fois hier  car ses parents étaient restés à proximité du CHU plusieurs mois. Il ressemble à son père ! Je l’ai pris dans mes bras et je lui ai murmuré : « Tes parents t’ont donné la chance de vivre, garde-la précieusement !»

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